Camsp: de l’aide pour les jeunes enfants et leurs parents

REPORTAGE AU CAMSP

De l’aide pour les jeunes enfants et leurs parents

Grâce au Camsp, nous avons trouvé un équilibre familial pour faire face aux aménagements et soucis de notre enfant.

Une maman

A Châtenois, une grande demeure familiale abrite de nombreuses pièces chaleureuses et colorées, autant d’espaces accueillant des enfants de 0 à 6 ans présentant des difficultés de développement, ainsi que leurs familles. Grâce à l’accompagnement éducatif et thérapeutique d’une équipe experte et multidisciplinaire, ils sont encouragés à progresser tout en jouant et sont ainsi valorisés. Reportage en suivant les couloirs…

Ils et elles s’appellent Noa, Elise ou Louisa. Ils sont tout bébé, nourrissons qui sortent à peine de maternité, ou approchent des 6 ans et sont prêts à s’envoler vers d’autres lieux… Ils et elles se retrouvent une, deux, trois, voire quatre fois par semaine, avec leur maman ou leur papa, parfois les deux, au Camsp (Centre d’action médico-sociale précoce) d’Alsace Centrale, route de Sélestat à Châtenois, pour des séances thérapeutiques et éducatives, individuelles ou en groupe.

D’emblée, l’ancienne grande demeure familiale offre un environnement rassurant. Dès l’entrée, à gauche, un arbre peint au mur compte une vingtaine de feuilles – des photos de tous les professionnels qui interviennent dans ce lieu thérapeutique et éducatif polyvalent, créé en 2006 par l’APEI Centre Alsace pour les enfants présentant des difficultés de développement (motrice, cognitive, sensorielle ou comportementale) ou des enfants avec autisme.

«Ce qui compte avant tout, ici, c’est l’accueil. L’accueil d’un enfant, d’une famille», explique René Etievant, le directeur d’une équipe pluridisciplinaire, composée de 19 professionnels, mettant tout en œuvre pour le bien-être des petits et de leur famille. «Nos valeurs humaines et éthiques contribuent à valoriser un esprit empreint de solidarité, de complémentarité et de respect de la place de chacun», affiche d’ailleurs clairement le Projet de service du Camsp.

Les familles ont été orientées là par un médecin, une maternité, un hôpital, une école. Parfois, c’est plus rare, des parents franchissent la porte d’eux-mêmes. Et ce qu’ils trouvent, c’est une équipe chaleureuse, experte dans le champ du handicap et qui apporte «du cocooning», selon les mots d’une des éducatrices. Fondamental pour des parents en recherche d’aide et de solutions, a fortiori après le choc de l’annonce d’un diagnostic…

 

Valoriser les enfants, construire avec le positif

«Que ce soit dans les familles, à l’école ou chez les médecins, souvent, c’est le négatif qui est pointé, indique Isabelle, une éducatrice. Ici, c’est le positif. On construit avec les positifs de l’enfant.» Ce qui bénéficie aussi aux parents, qui «deviennent des partenaires». «Nous les valorisons, nous les soutenons dans leur rôle de parents», poursuit sa collègue Angélique.

Les premières séances se déroulent avec la maman et/ou le papa. Petit à petit, lorsque le souhait se manifeste, lorsque cela est possible, l’enfant passe à des séances en tête-à-tête avec les professionnels de l’équipe paramédicale (éducatrice spécialisée, psychomotricienne, orthophoniste, kinésithérapeute…) et/ou éducative.

La priorité, c’est de respecter le rythme de l’enfant, de le valoriser, de l’encourager. «Un enfant que nous voyons dans sa globalité», grâce à l’apport de tous les intervenants de l’équipe.

 

Une équipe pluridisciplinaire

L’accompagnement, l’approche diagnostique et le suivi thérapeutique et éducatif de l’enfant sont basés sur une collaboration interdisciplinaire avec des compétences variées et complémentaires, qui se réfèrent toutes au Projet personnalisé de l’enfant, auquel sont associées toutes les parties prenantes.

On retrouve dans l’équipe: le directeur, une pédiatre et directrice technique, une psychiatre, des psychologues, des psychomotriciennes, des orthophonistes, une kinésithérapeute, une ergothérapeute, des éducatrices de jeunes enfants, une assistante de service social, des secrétaires.

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Un lieu thérapeutique et éducatif par le jeu

La bâtisse de trois étages répond aux normes d’accessibilité: rampe d’accès, ascenseur parlant, boutons d’étages en braille, deux mains courantes dans les escaliers, une pour les adultes, une autre plus basse pour les enfants, bandes de vigilance sur les paliers, premières et dernières contre-marches de couleurs vives…

La salle de motricité est située au premier étage. Ici, l’enfant travaille la station debout, la verticalité… et le plaisir. Car tout passe par le plaisir. «La base, c’est le jeu», prêchent Isabelle et Angélique. En s’installant dans un pouf, l’enfant fixe le regard de la psychomotricienne assise en face de lui. Il préfère être dans le mouvement? Pas de souci, il se met dans le grand cône voisin, prêt à bouger. L’exercice sera tout aussi efficace.

Une pièce de l’autre côté du couloir permet d’aborder la perception, d’apporter de l’apaisement. L’enfant fait tourner tubes, roues et kaléidoscopes, touche balais et brosses. «Certains enfants sont sensibles au doux. Pour d’autres, le doux est irritant. Ils ont besoin de davantage d’informations, de sensations plus marquées. Et c’est donc le tapis grattant qui va les rassurer, explique Isabelle. Tout dépend de la sensibilité, des besoins.»

Quand la pénombre se fait, une colonne à bulles fluorescentes se met en marche pour aider la petite fille ou le petit garçon qui a des difficultés visuelles.

Séance d’équithérapie avec le Camsp

Dans la pièce à côté, l’obscurité est totale. Grâce à une lumière noire, les vêtements, objets et jouets blancs prennent du relief et permettent de travailler la coordination et les sensations. Par le jeu, encore.

Retour au rez-de-chaussée pour d’autres ateliers. Ici, des mini-escaliers, tapis de gymnastique et aires d’éveil. Là, des cubes à empiler, animaux à assembler, balles sensorielles.

Parfois, des personnes extérieures apportent leur savoir-faire, par exemple avec des séances de DNP (Dynamique naturelle de la parole), pédagogie ludique qui permet de sentir, voir et toucher tous les éléments de la parole.

D’autres jours, ce sont les enfants qui se déplacent à l’extérieur. Pour une séance de balnéothérapie au Châtaignier, foyer d’accueil médicalisé de l’APEI Centre Alsace également situé à Châtenois, ou un atelier d’équithérapie, dans un centre équestre partenaire.

 

Des enfants «extra-ordinaires»

Un petit bonhomme arrive, prêt pour sa séance avec l’ergothérapeute qui a préparé des silhouettes géométriques désarticulées que l’enfant devra reconstituer – tête, bras, jambes…

Une des éducatrices ouvre l’armoire, en sort une boîte de matériel Montessori. «On prend dans chaque méthode ce qui peut correspondre aux enfants.» Un objet fait l’unanimité: le flacon à bulles de savon, présent presque partout. En dehors de la magie, les bulles permettent une approche spécifique à chaque spécialité. L’ergothérapeute travaille la coordination et la dextérité quand l’enfant tourne le bouchon. La psychomotricienne s’attelle à la dissociation entre les deux mains et les deux yeux, encourage l’enfant à attraper les bulles. L’orthophoniste fait des exercices sur le souffle ou l’articulation de certains sons.

«Toutes ces informations sont complémentaires. D’une séance à l’autre, l’enfant généralise», reprend Isabelle. «Ces regards croisés lui apportent une grande richesse.» Petit à petit, les succès se transforment en victoires. «Et on prend conscience que cet enfant est extra-ordinaire.»

 

Des parents qui ont toute leur place

Le Projet de service est clair: «Unaniment convaincus que le suivi de l’enfant ne se réduit pas à l’application de techniques diverses, nous en co-élaborons avec les parents les termes à partir de la singularité de chaque enfant et de sa famille, ainsi que du respect et de la dignité auxquels ils ont droit.»

Au Camsp, les parents ont toute leur place. Ils sont présents pour co-construire le Projet personnalisé de leur enfant. En dehors d’échanges plus ponctuels et à l’issue de la réunion de synthèse entre professionnels (y compris les médecins et paramédicaux libéraux), ils retrouvent une partie de l’équipe tous les dix mois environ pour faire le bilan des actions, de la progression de l’enfant et co-construire ensemble les objectifs pour les mois à venir.

Ils sont invités à échanger lors des cafés des parents pendant les séances de groupe des enfants. Ils peuvent également se retrouver dans la salle de réunion Michel Wach, du nom d’un des créateurs de l’APEI Centre Alsace, aujourd’hui président d’honneur de l’association, lors des groupes d’expression ou des réunions thématiques d’information.

Les familles aussi, premières concernées par l’accompagnement de leurs enfants, sont reconnues dans leur expertise. Certains parents choisissent ainsi de parrainer d’autres mamans et papas qui pourront plus tard, s’ils le souhaitent, devenir parrains à leur tour.

 

Préparer l’après-Camsp

Au fil des mois, enfants, parents et équipe de professionnels préparent ensemble l’après-Camsp, que ce soit en école maternelle ou primaire, en IME (Institut médico-éducatif), en Sessad (Service d’éducation spéciale et de soins à domicile), en Itep (Institut thérapeutique éducatif et pédagogique)…

En quittant le Camsp, l’enfant repart conforté dans ses capacités à poursuivre son chemin.

 

Liens
Description du Camsp